L'assemblée générale de Barclays se tient le 7 mai au siège de la banque, à Londres., @CCO

BUSINESS CASE

Après son AG, Barclays va devoir accélérer sur le climat

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 06/05/2020

[Mise à jour le 11 mai 2020] Les actionnaires de Barclays se sont prononcés. Ils ont adopté en grande majorité la résolution sur le climat présentée par la banque, mais rejeté celle déposée par ShareAction. Il n’en reste pas moins que la stratégie d’engagement des investisseurs a porté ses fruits et a obligé Barclays à revoir sa copie en termes de financement des énergies fossiles.

Deux résolutions sur le climat s’affrontaient lors de l’assemblée générale de Barclays, le 7 mai 2020. Celle présentée par la banque a, sans surprise, recueilli presque l’unanimité des suffrages (99,93 % de votes pour). La résolution externe, menée par l’ONG ShareAction et soutenue par onze investisseurs institutionnels, n’a quant a elle pas été adoptée. Mais elle a néanmoins récolté près de 24 % de votes favorables.

"Le vote sur les deux résolutions climat envoie un signal sans équivoque non seulement au conseil de Barclays mais au secteur bancaire dans son ensemble, que toutes les banques doivent commencer à sortir du financement des énergies fossiles", estime Catherine Howarth, la directrice de ShareAction. L’ONG estime que le score obtenu par sa résolution, qui a dépassé les 20 %, va obliger la banque à répondre à ses actionnaires. "Les actionnaires ont clairement dit qu’ils attendaient que les ambitions soient assorties d’objectifs clairs de sortie, à propos des activités du secteur de l’énergie non alignées avec l’Accord de Paris", affirme Catherine Howarth. 

Ces deux résolutions sont le résultat d’un dialogue actionnarial intense qui se tient depuis plusieurs mois entre les investisseurs et l’entreprise. Les actionnaires s’inquiétaient du retard pris par Barclays dans la transformation de son modèle d’affaires, encore très carboné. La banque britannique représente en effet l’un des principaux financeurs des énergies fossiles dans le monde. Selon le rapport "Banking on climate change" réalisé par plusieurs ONG (Rainforest Action Network, Banktrack, Reclaim Finance, etc.), Barlays se situe en tête du classement des banques européennes pour le financement des énergies fossiles, avec plus de 118 milliards de dollars de financement octroyés entre 2016 et 2019, et en septième position mondiale.

Sortir progressivement du fossile

En janvier, onze investisseurs institutionnels et près de 130 investisseurs individuels se sont ainsi réunis, coordonnés par ShareAction, pour déposer une résolution actionnariale. Celle-ci demande à Barclays de mettre en place un plan d’action pour sortir progressivement de toute activité de financement (financement de projets, financement pour l’entreprise, assurance, etc.) des entreprises du secteur de l’énergie et de la fourniture de gaz et d’électricité, si elles ne sont pas alignées avec les objectifs de l’Accord de Paris.

Le simple dépôt de la résolution a fait réagir Barclays. Quelques semaines plus tard, la banque annonçait de nouvelles ambitions sur le climat, affichant son ambition d’atteindre la neutralité carbone sur ses scopes 1, 2 et 3 d’ici 2050. Plus surprenant, elle a décidé de soumettre sa nouvelle politique climat au vote des actionnaire, en inscrivant sa propre résolution à l’ordre du jour.

Cette résolution concurrente n’aura toutefois pas fait changer d’avis la coalition d’actionnaires. Celle-ci reconnaît l’avancée faite par la banque, mais conserve sa résolution. ShareAction a en effet demandé aux actionnaires de voter en faveur aussi bien de la résolution interne que de la résolution externe. Et plusieurs d’entre eux ont décidé d’obtempérer, tels les fonds de pension britanniques Brunel Pension Partnership et Merseyside Pension Fund selon lesquels la résolution de ShareAction "est complémentaire et renforce les engagements de Barclays".

La résolution de ShareAction pousse en effet la banque un peu plus loin dans sa stratégie, en lui demandant d’agir dès maintenant sur la sortie du financement des énergies fossiles. Plus prudents, les engagements de Barclays visent le plus long terme, en ne prévoyant pas de lâcher dans l’immédiat les clients les plus émetteurs. "La résolution de ShareAction, à notre avis, ne prend pas suffisamment en compte l’importance de la transition énergétique", estime ainsi Nigel Higgins, le président de la banque. Quelle que soit l’issue des votes, les actionnaires engagés sur le climat auront malgré tout emporté une victoire, en faisant avancer d’un pas l’une des banques les plus liées aux énergies fossiles.


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