"Si vous ne bougez pas notre argent, nous bougerons le nôtre", prévient Jane Fonda en découpant sa carte de JP Morgan Chase., (capture d'écran)

BUSINESS CASE

Sous la pression des activistes, JP Morgan Chase, la banque des énergies fossiles, fait un (petit) pas en arrière

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 28/02/2020

Résolution actionnariale pour changer le conseil d’administration, mouvement de protestation aux États-Unis, boycott de la banque… JP Morgan Chase fait l’objet d’une forte pression de la part d’activistes, de clients et actionnaires pour arrêter de financer les énergies fossiles. Une pression qui l’a conduite à annoncer son désengagement du financement de certains projets fossiles.

Un projet de pipeline à financer ? Un projet de forage de gaz de schiste ? Ou d’exploration en Arctique ? JP Morgan Chase est depuis de nombreuses années la banque vers laquelle les grandes entreprises des énergies fossiles se tournent pour financer leurs projets, même les plus controversés. Pourtant, le 25 février, Jamie Dimon, PDG de la banque américaine, a fait des annonces inattendues sur les hydrocarbures et le charbon. Lors d'un "Investor day", la banque a annoncé vouloir stopper les financement de projets d'exploration et de développement d'hydrocarbures en Arctique, et arrêter progressivement les prêts au secteur minier pour le charbon. Elle a également rappelé on engagement à débloquer jusqu'à 200 milliards de dollars pour l'économie durable, d'ici 2025.

Des réactions mitigées

Un premier pas pour la banque qui, selon l'étude "Banking on Climate Change" du Rainforest Action Network, a financé pour plus de 195 000 milliards de dollars les énergies fossiles entre 2016 et 2018. La réaction des ONG, qui suivent de longue date la politique de financement des énergies fossiles de la banque américaine, est mitigée. As You Sow a immédiatement regretté que la banque ne mentionne pas la réduction de son empreinte carbone. Même son de cloche chez Majority Action, Mais l’ONG américaine va plus loin. "Les investisseurs ne peuvent pas être sûrs que JP Morgan Chase fera les démarches nécessaires pour réduire le risque systémique que le changement climatique pose pour la valeur actionnariale à long terme sans un conseil d’administration équipé pour gérer ces risques", a réagi Eli Kasargod-Staub, le directeur exécutif de l’ONG.

Celle-ci a en effet déposé, le 10 février 2020, une résolution actionnariale pour transformer la gouvernance de la banque. Ses deux cibles : Jamie Dimon, le PDG, et Raymond Lee, administrateur indépendant. Au premier, elle demande de scinder ses fonctions de président et directeur général. Pour le second, bien moins connu, Majority Action s’oppose purement et simplement à sa renomination au conseil.

Un administrateur trop influent

Raymond Lee est l’ancien PDG d’ExxonMobil, la plus grande major pétrolière du monde, qu’il a dirigée de 1987 à 2005. Il est entré au conseil d’administration de JP Morgan bien avant de prendre sa retraite et en est devenu l’un des administrateurs les plus influents. Une influence qui apparaît avoir été d’ordre "climato-sceptique". Selon Majority Action, Raymond Lee a été "l’architecte et le personnage principal des efforts d’ExxonMobil pour promouvoir la négation des risques et de la probabilité du changement climatique". Même les avertissements des scientifiques maison d’Exxon sur le risque du réchauffement ne l’ont pas fait changer de discours.

Mais les temps changent. Outre la résolution actionnariale déposée début février, JP Morgan Chase fait l’objet aux États-Unis d’une intense campagne de protestation de la part de mouvements citoyens. L’actrice Jane Fonda les soutient activement, elle a même coupé en deux sa carte de crédit de la banque dans une vidéo publique. "Si vous ne bougez pas votre argent, nous bougerons le nôtre", prévient-elle.

Plus embarrassant pour JP Morgan, des économistes de la banque ont alerté, dans un mémo interne daté de début janvier ayant fuité dans le Guardian, sur le risque que posait le changement climatique. "Nous ne pouvons pas exclure des événements catastrophiques pouvant menacer la vie humaine telle qu’on la connaît", disent-ils. 

Bill McKibben, fondateur de l’ONG 350.org, écrit dans un article de Rolling Stone Magazine que cette pression devrait produire des effets. Selon lui, la peur de perdre le marché du pétrole commence à être supplantée par celle de perdre des clients, particulièrement les plus jeunes, très sensibilisés au changement climatique. Les annonces faites le 25 février devant des investisseurs en seraient donc un premier signe. Le résultat du vote de la résolution de Majority Action lors de l’assemblée générale de mai 2020, en seront peut-être un deuxième.


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