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BUSINESS CASE

Vaccin du Covid-19 : l’affaire Sanofi met en lumière le manque d’impact positif sur la société de l’industrie pharmaceutique

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 19/05/2020

La polémique sur la fourniture des vaccins contre le Coronavirus, soulevée par le dirigeant de Sanofi, interroge sur les pratiques des Big Pharmas. Leurs stratégies commerciales poussent les États à entrer en concurrence pour avoir accès aux traitement. Malgré l'utilité sociale de ses produits, l'industrie pharmaceutique ne génère pas forcément un impact positif sur la société.

Paul Hudson, le directeur général de Sanofi, a déclaré dans une interview que les États-Unis bénéficieraient des premières doses de vaccin contre le Covid-19, dès que celui-ci sera au point. L'intention n’est pourtant pas si surprenante. Comme toute entreprise, Sanofi sert en premier ses partenaires. En l’occurrence, le partenariat avec l’Autorité américaine pour la recherche et le développement avancés dans le domaine biomédical (Barda) qui permet à l’industriel de partager les risques de développement. C'est du "business as usual".

Mais les temps ne sont pas habituels et le groupe pharmaceutique français est rapidement revenu sur les propos du DG, affirmant que le vaccin serait accessible à tous. La polémique a toutefois mis un coup de projecteur sur les dessous du marché du médicament. La fixation du prix des nouveaux traitements et leur disponibilité penche très clairement du côté des industriels et distributeurs. Cela force les autorités publiques à négocier pour s’assurer de leur approvisionnement et éviter la pénurie.

Faible score d’impact

Le médicament n’est pas un produit comme les autres. Selon Impak Finance, une jeune agence de notation d’impact, le bénéfice qu'apporte les Big Pharmas à la société n’est pas toujours si évident. "Les institutions publiques de plusieurs pays ont collaboré comme jamais pour combattre la pandémie, tandis qu’avec l’affaire de Sanofi, on voit que c’est une approche marché qui domine le secteur de l’industrie pharmaceutique", déplore Paul Allard, le fondateur d’Impak. 

Si les groupes pharmaceutiques se trouvent ainsi souvent en bonne position dans les fonds durables, leur score d'impact n'est en revanche pas toujours très élevé. C'est le cas de Sanofi, selon la méthodologie développée par la société franco-canadienne. Elle s'appuie sur l'analyse de la gouvernance, les impacts positifs, l'atténuation des impacts négatifs, et la contributions aux Objectifs de développement durable (ODD). À ce jeu, la société française n'obtient que 187 sur 1 000, loin derrière la moyenne du CAC 40 (217 points) et encore plus de la première entreprise de l’indice phare de la Bourse française, Schneider Electric (423 points). 

"De par son modèle d’affaires, les activités de Sanofi pourraient pourtant répondre à l’ODD 3, remarque Marion Bitoune, analyste chez Impak. Il est presque plus facile d’avoir un impact positif dans l’industrie pharmaceutique, comparé à des industries comme le luxe, par exemple, dont l’objet ne répond à aucun ODD." Le troisième ODD vise à permettre à tous de vivre en bonne santé et prévoit de favoriser l’accès de tous aux services de santé. La bataille à laquelle se livre les grands groupes pharmaceutiques tire dans le sens opposé. "La recherche sur le vaccin du Covid-19 met en exergue le fait que l’industrie du médicament n’est pas une industrie d’impact", tranche Marion Bitoune.

Les Big Pharma dans le viseur

L’industriel français est toutefois loin d’être seul en cause. Le 18 mai, dans une déclaration, la branche américaine de l’ONG Oxfam fait un constat similaire sur les grands groupes pharmaceutiques américains. "Gilead semble avoir mis littéralement l’Amérique en premier ("America First") en allouant la part du lion de ses médicaments contre le Covid-19 actuels à l’Administration Trump, s’alarme Oxfam America. En échange, l’administration semble vouloir utiliser son pouvoir de négociation pour étendre les droits de propriété intellectuelle et rejeter les efforts internationaux pour une distribution juste d’un nouveau vaccin – une mesure dont bénéficierait les entreprises pharmaceutiques aux dépens des systèmes de santé".

Oxfam America a lancé un appel aux sociétés pharmaceutiques américaines, en les exhortant à renoncer aux profits sur un éventuel vaccin du Covid-19 et à coopérer avec les États. Elle cible trois groupes, Johnson and Johnson, Pfizer et Gilead, en leur demandant de ne pas se livrer au "business as usual" dans le cadre de la crise sanitaire. 


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