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Classement ESG des sociétés de gestion : peut mieux faire, dit ShareAction

Par   Arnaud DUMAS |Publié le 12/03/2020

ShareAction publie un classement des 75 plus grandes sociétés de gestion mondiales en fonction de leur approche de l’investissement durable. Si une poignée d’entre elles s’en tirent bien, l’étude montre que plus de la moitié, représentant 36 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, est à la traîne.

La finance durable se diffuse à grande vitesse dans la gestion d’actifs. En apparence du moins, au vu du classement sur l’investissement responsable réalisé par l’ONG britannique ShareAction des 75 plus grandes sociétés de gestion mondiales. Notées de AAA à E à partir d’un questionnaire sur quatre thèmes (gouvernance de l’investissement responsable, prise en compte du changement climatique, des droits humains et de la biodiversité), elles sont plus de la moitié à n’obtenir que la note D, correspondant à une stratégie "business as usual", ou E.

Aucun gérant n’obtient le triple A, déplore ShareAction, et seuls cinq décrochent un A, les plaçant parmi les leaders de l’investissement responsable dans leur catégorie. Le néerlandais Robeco se hisse à la première place, suivi de BNP Paribas AM, de LGIM, de APG asset management et Aviva investors. En tout, 33 % des gérants atteignent les notes allant de A à B, démontrant une capacité à prendre en compte à des degrés divers aussi bien les risques et opportunités de l’investissement durable, que les impacts de leurs placements. 

Ces sociétés bien notées ne suffiront toutefois pas à transformer réellement le monde de la finance, selon ShareAction, tant le déséquilibre est marqué. Les sociétés les plus mal notées (D et E) gèrent en effet près de 36 000 milliards de dollars d’actifs, soit 64 % du total des actifs gérés par l’ensemble des 75 entités classées. Les plus grands gérants d’actifs mondiaux (BlackRock, Vanguard, State Street Global Advisors, Fidelity Investment, Capital group et JP Morgan asset management) qui cumulent un tiers du total des actifs du classement, affichent de mauvaises performances sur leur stratégie ESG avec des notes entre D et E.

Un long chemin à parcourir

Les cinq meilleures ne comptent quant à elles que 3 300 milliards de dollars d’actifs. "Malgré le fait que les sociétés de gestion promeuvent souvent leur approche ESG, il est clair que l’industrie dans sa globalité a encore un long chemin à parcourir pour généraliser l’investissement responsable", écrivent les auteurs du rapport.

Elles doivent notamment renforcer leur pratique de l’engagement actionnarial, véritable moteur de la transformation des entreprises et de la réduction du risque ESG. L’étude de ShareAction montre que 56 % des politiques de vote des sociétés classées couvrent le risque climatique, 53 % couvrent les droits humains et 36 % la biodiversité. Mais ces politiques de vote demeurent souvent trop généralistes pour assurer un véritable changement.

Sur le risque climatique, elles se contentent en général de demander des informations plutôt que d’inciter les entreprises à passer à l’action. Les sociétés du classement soutiennent ainsi plus facilement les résolutions orientées sur la communication des données sur le climat, alors que seules 8 % d’entre elles indiquent soutenir les résolutions actionnariales plaidant pour une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Ce point faible de la stratégie des gérants se retrouve dans leur reporting, qui demeure très parcellaire sur les actions d’engagement menées. Seuls 36 % des sociétés de gestion publient des informations dessus, 8 % déclarant les réserver à leurs clients. Très peu donnent de détails sur les modes d’engagement et les résultats. À noter qu’en Europe, la directive sur le droit des actionnaires impose aux investisseurs de publier un rapport d’engagement actionnarial.

La réglementation joue d’ailleurs un rôle important dans la manière dont les investisseurs se saisissent de la finance durable. Le plan d’action de la Commission semble porter ses fruits, les sociétés de gestion européennes dominant les meilleures notes du classement. Dans les notes A à B, 53 % des gérants viennent d’Europe, contre 15 % d’Américains.

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