Les banques européennes ont accepté de renoncer à verser des dividendes cette année., @Bluejayphoto

L'ACTU

Suspensions des dividendes : les banques européennes plient, les banques américaines résistent

Par  Ludovic DUPIN|Publié le 09/04/2020

Dans tout l’Occident, la pression est mise sur les banques pour que tous leurs fonds soient dédiés au soutien de l’économie réelle pendant la pandémie de coronavirus. La mesure la plus symbolique en ce sens est la suppression des dividendes versés au titre de l’année 2019. Si les banques européennes s’y sont pliées bon gré mal gré, les géantes américaines refusent tout net.

En 2008, lors de la crise financière, le monde s'est porté au chevet des banques pour les sauver. En 2020, alors que l’économie s’effondre, on attend des banques la même solidarité en retour pour l’économie. En ce sens, les grands dirigeants mondiaux les appellent à mobiliser tous les moyens nécessaires et à sacrifier leur versement de dividendes. "Les banques européennes ont besoin de mobiliser leurs fonds propres. Le répit obtenu par les banques grâce aux mesures adoptées doit être utilisé pour financer l’économie, pas pour augmenter les rémunérations ou la distribution de dividendes", prévenait Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE).

Cette alerte, certains investisseurs responsables l’ont rappelée à leurs participations. La société de gestion Mirova a écrit à toutes les sociétés dont elle est actionnaire pour leur rappeler un principe de la finance durable : avant de verser des dividendes, l’entreprise doit pouvoir garantir sa pérennité à moyen terme et préserver ses emplois. En clair, il vaut mieux préserver sa trésorerie intacte en période de crise, pour traverser l'orage en maintenant son activité.

En France, il a fallu un peu de temps aux banques pour se mettre en ordre de marche. Celles-ci avaient prévu de verser près neuf milliards d’euros cumulés à leurs actionnaires. Mise sous pression par le gouvernement français dès la mi-mars, BNP Paribas et Société Générale entendaient maintenir leurs promesses de versement pour l’année 2019. Elles ont ensuite accueilli froidement les recommandations de la BCE. Finalement les deux premières banques françaises, tout comme Crédit Agricole ont fini par renoncer, sachant bien que de tels dividendes auraient été bien mal perçus dans la situation actuelle, quand bien même la solidité de leurs fonds propres (multipliés par plus de deux en moyenne depuis la crise de 2008) aurait pu les supporter.

HSBC se demande s’il faut quitter le Royaume-Uni

La même demande a été faite par la Banque d’Angleterre au Royaume-Uni. À l’inverse de leurs homologues tricolores, les établissements britanniques ont fait montre de discipline en se pliant immédiatement à la demande du régulateur. Ainsi, Lloyds, RBS, Barclays, HSBC, Santander et Standard Chartered ont assuré qu’elles annuleraient leurs dividendes pour 2019, ne mettraient pas d’argent de côté pour les payer ultérieurement et ne procéderaient à aucun rachat d'actions.

"Ce sont des décisions difficiles, notamment en termes d'impact immédiat sur les actionnaires... mais nous pensons qu'il est juste et prudent, pour les nombreuses entreprises et personnes que nous soutenons, de prendre ces mesures", explique Nigel Higgins, président de Barclays. Toutefois, la décision est mal passée du côté de la Banque HSBC, rapporte le Financial Times. Selon le quotidien financier, plusieurs directeurs ont relancé l’idée de redomicilier HSBC à Hong Kong, comme c’était le cas jusqu’en 1993. Une demande justifiée par le fait que la banque fait 80 % de ses profits en Asie et que la demande de la Banque d’Angleterre a éveillé la colère des investisseurs sur place.

La pression sur les dividendes des banques est aussi présente outre-Atlantique notamment de la part des élus démocrates. Mais là où les banques européennes se sont globalement pliées à l’effort collectif, les banques américaines font front commun pour résister. Goldman Sachs, Morgan Stanley et Citigroup refusent catégoriquement de "déstabiliser les investisseurs" et craignent de perdre leur confiance. Seule la banque JP Morgan émet une réserve. Dans le cas où la baisse du PIB atteindrait 35 % et où la hausse du chômage 14 %, elle suspendrait son versement. Les six plus grandes banques américaines ont prévu de verser environ 35 milliards de dollars à leurs actionnaires et de racheter 110 milliards de dollars d'actions. 

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