Olivier de Guerre, président de Phitrust., @Phitrust

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"Avec la crise du coronavirus, nous allons devoir nous intéresser aux questions sociales", confie Olivier de Guerre, de Phitrust

Par  Arnaud DUMAS|Publié le 10/04/2020

La société de gestion Phitrust a publié un rapport sur ses 15 ans de pratique de l’engagement actionnarial. Pour Olivier de Guerre, le président de Phitrust, les sujets d’engagement ont évolué au fil du temps. La pandémie de Covid-19 devrait renforcer les questions d’ordre social dans le cadre des dialogues avec les dirigeants d’entreprise.

La crise du Covid-19 menace-t-elle la démocratie actionnariale ?

Il y a plusieurs sujets. Nous avons d’abord communiqué avec les entreprises pour leur demander de reporter leurs assemblées générales. Et cela pour deux raisons : les assemblées générales sont un moment fondamental de rencontre entre les actionnaires, le conseil d’administration et le management. C’est un moment unique où tout le monde peut avoir une vision d’ensemble de la stratégie de l’entreprise. Les quelques AG qui se sont tenues à huis clos n’ont pas été parfaites, elles n’ont pas donné la possibilité d’un débat.

Ensuite, quelle que soit l’entreprise, il est bien difficile aujourd’hui de savoir ce qui se passera dans les mois à venir. Alors que 2019 a été une année excellente, il vaut mieux attendre que l’orage actuel soit passé pour savoir quels dividendes verser. Nous avons envoyé un courrier aux 27 entreprises du Cac 40 qui n’ont pas renoncé aux dividendes, pour les inciter à créer un fonds avec une partie de ces dividendes, qui serait consacré au soutien de leurs parties prenantes. C’est ce qu’avait fait Danone lors de la crise de 2008.

Phitrust a déposé 45 résolutions depuis ses débuts. Vos chevaux de bataille ont-ils évolué ?

Nous avons commencé principalement sur des sujets liés au management de l’entreprise, mais nous sommes beaucoup plus présents sur les questions environnementales depuis trois ou quatre ans. Et nous allons devoir mécaniquement nous intéresser aux questions sociales du fait de la pandémie de Covid-19. Il va falloir voir comment les entreprises vont évoluer sur les sujets de sous-traitance ou sur la question des salariés. Les entreprises vont avoir des stratégies différentes, certaines vont vouloir internaliser leur chaîne de valeur, d’autres vont préférer augmenter la robotisation au maximum, etc. Ce sera du cas par cas. 

Depuis 15 ans que vous pratiquez l’engagement actionnarial, avez-vous vu évoluer les entreprises sur la question ?

On peut vraiment jouer un rôle comme actionnaire engagé, mais cela prend du temps. Le dialogue avec les dirigeants d’entreprise doit se voir à long terme. Il n’y a pas assez d’investisseurs institutionnels français qui sont actifs soit directement, soit indirectement via des sociétés de gestion comme la nôtre. Pour deux raisons : soient ils se considèrent comme des actionnaires purement financiers et le dialogue n’est pas stratégique, soit parce qu’il y a des conflits d’intérêts avec les sociétés de gestion. Nous sommes quant à nous indépendants, ce qui nous laisse une grande liberté, que nous utilisons à bon escient pour transformer les entreprises. 

Comment jugez-vous l’efficacité de votre engagement actionnarial ?

Dans un certain nombre de cas, on a vu la position des entreprises bouger, soit tout de suite, soit au bout de quelques années. Par exemple, nous avions déposé une résolution pour arrêter l’exploitation des sables bitumineux en 2011 chez Total. Cela a été très difficile, car Total refusait tout dépôt de résolution. Or quelques années plus tard, Total a commencé à travailler sur ce sujet et, aujourd’hui, ils ne sont quasiment plus présents dans les sables bitumineux. Cela a été la même chose sur le sujet du climat. En fait, c’est le résultat du travail de plusieurs actionnaires qui les ont alerté sur ces sujets et l’entreprise finit par prendre en compte leur avis. En 15 ans, les entreprises ont incroyablement bougé, c’est le jour et la nuit. Aujourd’hui, on peut appeler les dirigeants des entreprises et dialoguer avec eux, ce n’était pas le cas avant.

Plusieurs rapports sur les actionnaires activistes ont été publiés en France, qu’en avez-vous pensé ?

Beaucoup ne correspondent pas à la réalité. Il est par exemple expliqué dans certains rapports que les agences de conseil en vote sont des fauteurs de trouble et qu’elles sont trop puissantes. Dire que les proxys décident à la place des investisseurs institutionnels est faux. Les proxys n’ont pas le pouvoir de nuisance qu’on leur attribue.

Quand on voit la teneur de ces rapports, on voit que le droit des actionnaires de long terme peut être menacé. Ils ont été faits en grande partie sous l’impulsion des émetteurs et cela montre qu’en Europe, comme aux États-Unis, les dirigeants trouvent que les actionnaires prennent trop de poids. Ils étaient habitués à des actionnaires qui ne parlaient pas.

Heureusement, cette tendance est compensée par la directive européenne sur les droits des actionnaires sur l’engagement actionnarial. Elle vise à faire en sorte que tous les actionnaires soient actifs.


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